lundi 12 novembre 2007, par Julie Rimbert
Créee en 1994 par trois femmes, la Maison de l’Initiative dédiée aux femmes est une Scop au service d’un développement économique et social équitable. A l’origine lieu de formation pour les porteurs de projets, elle est devenue au fil du temps une coopérative d’activités pour les entrepreneures et apporte son soutien aux initiatives locales par transfert de compétence et essaimage.
Mais pourquoi décider d’aider plus particulièrement la création d’entreprise des femmes ? Les statistiques prouvent qu’une majorité de femmes aimeraient créer leur entreprise et pourtant seul un tiers d’entre elles sont chefs d’entreprises. Difficile de concilier l’emploi du temps chargé d’une créatrice d’entreprise et celui d’une mère de famille. La Maison de l’Initiative se charge de donner des outils de formation et d’encadrement pour ces femmes qui souhaitent créer leur activité.
« Notre structure spécifique aux femmes permet un accompagnement adapté à chaque projet, en prenant en compte la situation professionnelle et personnelle du porteur de projet. Notre coopérative d’activités, que nous avons lancé en 1999, est une école de l’entreprenariat et de la coopération : elle accueille, forme et accompagne les porteurs de projets, les porte sous statut salarié, durant la phase de démarrage de leur activité. La Maison de l’Initiative est une entreprise coopérative fondée sur la pluriactivité, dont les associées exercent des métiers différents et où ils sont salariées et entrepreneures dans l’exercice de leur métier », explique Monique Dufresne, l’une des fondatrices de la Maison de l’Initiative.
Le choix d’adopter le statut de Scop révèle l’envie d’éthique des fondatrices. Cette forme particulière d’entreprise solidaire permet aux entrepreneures de devenir associées : l’entreprise appartient ainsi toujours aux salariées. Le fonctionnement démocratique dans les prises de décision est équitable et durable puisqu’une personne égale une voix. Les valeurs coopératives fortes au service d’un développement économique et social équitable sont essentielles pour Monique Dufresne : « la Maison de l’Initiative est par son statut de Scop un lieu d’entreprenariat appartenant totalement à ses entrepreneures. Entreprendre collectivement dans notre structure, c’est vouloir travailler autrement. C’est créer une forme de travail où des entrepreneures associées et salariées exercent des activités différentes et participent ainsi à une alternative sociale et économique ».
Pour réaliser un projet économique de création de son entreprise ou de son propre emploi, la Maison de l’Initiative oriente l’expression du projet et mesure sa réalité économique par l’observation du marché et des rencontres avec des professionnels. Elle accompagne et forme les femmes porteuses de projet individuellement ou en ateliers collectifs à la création de sa propre activité ou entreprise. « Nous les amenons à réfléchir sur la réorganisation de leur vie personnelle afin qu’elles trouvent une autonomie de travail, de prise de décision et de responsabilité », résume Monique Dufresne. En situation de chômage de longue durée ou bénéficiaires du RMI, issues de territoires défavorisés urbains ou ruraux, seules ou avec des enfants à charge, les femmes suivies par la Maison de l’Initiative peuvent affûter leur projet et décider ou pas de créer leur entreprise. Beaucoup de créatrices s’orientent vers l’artisanat et les entreprises de services. Quelquefois, les porteuses de projets renoncent à créer leur activité pour repartir vers un emploi salarié.
Pour tester leur activité grandeur nature tout en étant une entrepreneure salariée, les candidates à la création d’entreprise peuvent entrer dans la coopérative d’activités. Cette formule est destinée aux femmes disposant d’un savoir-faire leur permettant d’envisager la création de leur propre emploi mais qui ne souhaitent pas encore créer leur entreprise aujourd’hui. Une convention de partenariat signée entre la Maison de l’Initiative et l’entrepreneure donne un cadre juridique. Ainsi la femme créatrice dispose d’un suivi individuel de la gestion fiscale et sociale de son activité et bénéficie d’un accompagnement commercial et une formation à la gestion. Celle-ci doit en échange verser 10% du chiffre d’affaire ou de la marge brute pour la prise en charge de la gestion de l’activité. La coopérative d’activité apporte une expérience de gestion pour des créatrices qui disposent déjà d’un savoir-faire professionnel. Actuellement, la Maison de l’Initiative compte 21 associés.
Pour favoriser l’équité sociale et économique, entre les hommes et les femmes sur un territoire, dans une institution ou une entreprise, la Maison de l’Initiative développe depuis 2006 un soutien aux initiatives locales par transfert de compétence et essaimage. Des structures d’accompagnement des femmes ont par exemple été crées à Mayotte, Tahiti et en Guadeloupe. Plus localement, la Maison de l’Initiative soutient avec le centre pénitencier de Muret un projet européen sur le travail des femmes en prison par la réalisation de bouquets. La Maison de l’Initiative possède aussi une antenne à Carcassonne. Depuis 2006, la Maison de l’Initiative dispose d’un établissement secondaire, mis à la disposition par la Communauté d’Agglomération du Sicoval. Ce soir, les nouveaux locaux de la Maison de l’initiative de Castanet-Tolosan sont inaugurés.
Ce développement économique et social de la Maison de l’Initiative prouve qu’être une entreprise solidaire, avec des valeurs fondatrices fortes et équitables, est possible aujourd’hui dans notre économie capitaliste. C’est reconnaître et affirmer que l’argent n’est pas le seul moteur de l’action même s’il est essentiel. C’est permettre aux personnes de prendre toute leur place dans le système économique de l’entreprise en encourageant l’initiative. Travailler ensemble, c’est vouloir assurer la pérennité de l’entreprise coopérative, veiller à ses grands équilibres financiers et assumer ensemble la prise de risque entreprenarial.
Muriel Boudou, présidente de l’Agence Internationale d’Economie Sociale et Solidaire (AI2S)
Yves Jarland, délégué régional de l’ADIE (association pour le droit à l’initiative économique)
Culture et Liberté Garonne, pour une éducation populaire
Les autres acteurs régionaux des financements solidaires

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